
Ils
témoignent de leur rencontre avec Antoine Vitez
L’énigme du théâtre, " faire
de la recherche l’objet de la production et de cette recherche
ainsi produite l’objet du rassemblement du public ", se pose
toujours. Mais l’environnement est tout autre et pas seulement
négativement. Car si nous sommes dans une période de
mutations, de ruptures donc, qu’il peut y avoir régression, "retour
au gîte", il peut y avoir élancement, refondations.
Le théâtre y a sa part. Il s’oppose à l’agressivité malade, à la
prise du pouvoir, à la totalité triomphante parce qu’il
ne vit qu’en se remettant en jeu.
La contradiction, matière première
et mode d’existence du théâtre et de la société,
est cet élancement qui fait que rien ne sera jamais acquis
car le sens est interminable.
" La pensée de l’interminable, dit Bernard
Noël, est la base sur laquelle ne peut s’ériger
aucun pouvoir parce qu’elle en abolit d’avance toutes
les figures. Là, pas d’illusion, pas de salut, rien
que la nudité d’une condition où chacun est rendu à sa
responsabilité. "
Responsabilité, c’est un mot commun à Vilar
et à Vitez, comme le théâtre une "folie nécessaire",
comme être à la tête de grands théâtres,
comme d’être pleinement citoyen, comme "le théâtre
inscrit dans la cité", comme le refus de s’incliner
devant qui que ce soit, comme l’éthique, l’autorité morale,
comme la décision de toujours faire quoiqu’il arrive,
agir, travailler, répondre. Ne pas dormir…
Jack Ralite