Antoine Vitez, poète
de la scène, ce titre inventé par Marie Étienne nous a séduits.
Il nous paraît d’autant plus judicieux qu’il nous rappelle le très
beau livre de François Regnault, Le Théâtre et la Mer,
"méditation polémique" inspirée par les représentations
avignonnaises du Soulier de satin. Dans le livre de François, un
titre surgit – Le Poète revient –, il me semble qu’on peut
l’entendre à double sens. Le Poète, bien sûr, c’est Claudel. mais
il faut, face à la foule rassemblée, un autre poète, capable de lui
faire oublier "l’ordinaire séparation de la langue et du
lyrisme". Antoine fut ce poète, parce qu’il parlait comme il
écrivait, parce que son questionnement essentiel d’homme de théâtre
aura été d’interroger avec passion la langue des autres et de
prouver que le Verbe est Action, que les œuvres ont leur juste poids,
et qu’elles ne donnent leur vraie mesure que dans leur totalité –
ainsi les intégrales d’Hamlet et du Soulier de satin
nous disaient que les coupures répondent à des nécessités qui ne
sont pas celles du théâtre.
Trois jours durant, bien que la
personnalité d’Antoine ne souffre guère les subdivisions, nous
armant d’une "poursuite", nous jetterons la lumière tour à
tour sur le pédagogue, l’homme de théâtre, l’écrivain, le
citoyen du monde.
Ce genre d’entreprise est ordinairement
appelé "colloque". Ce mot, au sens général, premier et un
peu ancien, signifie conversation, dialogue. mais il signifie également
entretien mystérieux, songeons au "colloque sentimental" de
Verlaine. Ma foi, il y aura de cela.
Mais assumons aussi le sens moderne :
réunir des spécialistes appelés à confronter leurs points de vue.
Le revendiquer, c’est rendre hommage à
Bernard Dort, grâce à qui le fonds Vitez fut déposé à l’Institut
Mémoire de l’Edition Contemporaine (IMEC). Il nous faut également
souligner la fidélité de "spécialistes" amicaux,
généreux, comme Raymonde Temkine, Anne Ubersfeld ou Georges Banu…
Ces trois jours, dans ce lieu
emblématique qu’est le Conservatoire National Supérieur d’Art
Dramatique de Paris, nous les dédions, en remerciant Marcel Bozonnet
pour son invitation, aux jeunes étudiants du Conservatoire.
Nous sommes très émus de savoir qu’en
ce lieu, ceux qui fréquentent la bibliothèque demandent souvent les
livres d’Antoine Vitez. Ainsi le relais pourra être pris par celles
et ceux qui, n’ayant jamais pu le rencontrer, mais le lisant, le
relisant, sauront s’inspirer de sa pensée.
Pierre
Vial