Antoine Vitez, Poète de la scène

répétition des burgraves à Ivry 1977

répétions des Burgraves à Ivry en 1977 (photographie de Pierre Foussat)

 

Antoine Vitez, poète de la scène, ce titre inventé par Marie Étienne nous a séduits. Il nous paraît d’autant plus judicieux qu’il nous rappelle le très beau livre de François Regnault, Le Théâtre et la Mer, "méditation polémique" inspirée par les représentations avignonnaises du Soulier de satin. Dans le livre de François, un titre surgit – Le Poète revient –, il me semble qu’on peut l’entendre à double sens. Le Poète, bien sûr, c’est Claudel. mais il faut, face à la foule rassemblée, un autre poète, capable de lui faire oublier "l’ordinaire séparation de la langue et du lyrisme". Antoine fut ce poète, parce qu’il parlait comme il écrivait, parce que son questionnement essentiel d’homme de théâtre aura été d’interroger avec passion la langue des autres et de prouver que le Verbe est Action, que les œuvres ont leur juste poids, et qu’elles ne donnent leur vraie mesure que dans leur totalité – ainsi les intégrales d’Hamlet et du Soulier de satin nous disaient que les coupures répondent à des nécessités qui ne sont pas celles du théâtre.

Trois jours durant, bien que la personnalité d’Antoine ne souffre guère les subdivisions, nous armant d’une "poursuite", nous jetterons la lumière tour à tour sur le pédagogue, l’homme de théâtre, l’écrivain, le citoyen du monde.

Ce genre d’entreprise est ordinairement appelé "colloque". Ce mot, au sens général, premier et un peu ancien, signifie conversation, dialogue. mais il signifie également entretien mystérieux, songeons au "colloque sentimental" de Verlaine. Ma foi, il y aura de cela.

Mais assumons aussi le sens moderne : réunir des spécialistes appelés à confronter leurs points de vue.

Le revendiquer, c’est rendre hommage à Bernard Dort, grâce à qui le fonds Vitez fut déposé à l’Institut Mémoire de l’Edition Contemporaine (IMEC). Il nous faut également souligner la fidélité de "spécialistes" amicaux, généreux, comme Raymonde Temkine, Anne Ubersfeld ou Georges Banu…

Ces trois jours, dans ce lieu emblématique qu’est le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, nous les dédions, en remerciant Marcel Bozonnet pour son invitation, aux jeunes étudiants du Conservatoire.

Nous sommes très émus de savoir qu’en ce lieu, ceux qui fréquentent la bibliothèque demandent souvent les livres d’Antoine Vitez. Ainsi le relais pourra être pris par celles et ceux qui, n’ayant jamais pu le rencontrer, mais le lisant, le relisant, sauront s’inspirer de sa pensée.

Pierre Vial

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